Un dispositif sécuritaire exceptionnel a paralysé une partie de la capitale indienne ce samedi. Les autorités de New Delhi sont intervenues avec fermeté pour empêcher une manifestation d'envergure organisée par le Cockroach Janta Party (CJP). En vertu de l'article 163 interdisant les rassemblements publics, les forces de l'ordre ont multiplié les barrages routiers et procédé à l'arrestation de figures clés, dont le fondateur du collectif Abhijeet Dipke et l'économiste de renom Jean Drèze.
D'un mot blessant à une contestation structurelle
Le mouvement a vu le jour en mai dernier en réponse à une déclaration controversée du juge en chef Surya Kant, qui avait publiquement qualifié la jeunesse sans emploi de « cafards ». L'outrage s'est rapidement transformé en symbole de ralliement face aux failles structurelles de l'économie indienne : un sous-emploi endémique chez les diplômés, la fraude récurrente aux examens nationaux et une précarité croissante en dépit des chiffres officiels de croissance.
Après avoir contraint le ministre de l'Éducation à la démission en juillet à la suite d'affrontements urbains, le CJP a désormais pris pour cible la Commission électorale indienne, réclamant la démission de son directeur, Gyanesh Kumar.
L'épineuse radiation de 130 millions d'électeurs
Le cœur de la contestation repose sur la récente révision des listes électorales nationales, qui a conduit à la radiation de plus de 130 millions de noms. L'institution électorale défend une opération administrative de routine destinée à supprimer les doublons et les personnes décédées. En revanche, l'opposition et les collectifs citoyens dénoncent des purges ciblées pénalisant les minorités, les travailleurs migrants et les jeunes urbains, au bénéfice supposé du Bharatiya Janata Party (BJP) au pouvoir.
Le porte-parole du BJP, Sambit Patra, a rejeté ces allégations en qualifiant la mobilisation de « spectacle avorté mené par des éléments anarchistes cherchant à semer le chaos ».
Interpellations préventives et paralysie urbaine
Dipke et deux autres figures de la direction du parti ont été interpellés dès l'atterrissage de leur vol en provenance de Bombay, puis conduits vers un lieu secret sans accès à une assistance juridique, selon leurs proches. Sur le site traditionnel de contestation de Jantar Mantar, l'économiste franco-indien Jean Drèze a été immédiatement encerclé et embarqué dans un car de police pour avoir déployé une pancarte. Plusieurs journalistes indépendants ont également vu leur matériel confisqué temporairement.
Le déploiement sécuritaire et les restrictions ciblées sur l'Internet mobile ont provoqué un blocage important dans le réseau des transports, bloquant des centaines de voyageurs à la gare centrale de New Delhi.